lundi 15 octobre 2018

Bilan

J'ai terminé cet été la réécriture de tous mes poèmes. Ils sont une centaine à avoir survécu, ce qui est un bilan plutôt convenable. Cependant, la poésie n'intéresse pas grand-monde; je vais donc me concentrer sur les fictions en ce moment, peut-être poster quelques poèmes par-ci, par-là...

En attendant...


samedi 17 décembre 2011

Fantômes majestueux


Sous ces draps lisses couleur froide
Se cachent toutes les couleurs
Et des gestes conscrits parfois
De la solitude le leurre

J’ai de l’admiration pour ces esprits
Réservant leurs formes gracieuses
Et préférant la disgrâce au renie-
Mentez-moi si je suis frileuse

Derrière le voile un chignon tendu
Et un pied frémissant le henné
Peut-être aussi un autre esprit pas né
Ou un nu sous l’obscurité perdu

Seuls se découvrent des yeux noirs ou verts
Marron ou bleus et aussi une bouche
Charnue – ou pas – et ce sont là des airs
De prison à ce cadrage qu’on trouve

Dans la rame ces femmes cachent la lumière
Criarde du métro bien mieux que mes verres
Et projetées sur ces voiles ce sont leurs jambes
Que leurs enfants turbulents contemplent

J’ai aussi de la crainte face à l’un
Posant remue-ménage autour d’elles
Moins envers leurs ombres que face à un
Doigt ostensiblement pointé vers elles

Comme cette petite aiguille surmontée
D’une bille ou d’une plume ou d’une feuille
Qui maintient tous ces voiles près de leur oreille
Et qui leurs habitudes paraît piquer

Mais j’ai surtout l’envie de me cacher aussi
D’embrasser l’anonymat d’esprit aboli
Grimer ma face comme font les renégats
Car sous le maquillage je ne m’aime pas

Ces fantômes qui « pullulent » autour de nous
Dans le fond les comprenons-nous ?

vendredi 14 janvier 2011

Soleil enfumé

Un soleil embrouillé n’est fade
Mais impassible ; sagement
Il écoute les sérénades :
Des complaintes vaines servies
Par des écolo-anarchistes
Qui d’être nombreux un peu tardent.

Un soleil enfumé est pâle
Mais brûle toujours la pupille
De Haine. Ça lui est égal
Les besoins, envies de chacun ;
Il vengera sa sœur bleutée,
D’humains s’en fera un régal.

Un soleil embrumé est blanc
Pour laisser s’écrire de flammes
Les froids, matériels sentiments.
Il fait nuit depuis si longtemps
Qu’il ressemblerait à la lune,
Sans ses cheveux étincelants

Qui ne sont plus que légendes
Dans ce no man’s land.

samedi 13 novembre 2010

Collection


Collection

Le plaisir dans la totalité
Se traduit par une éphémère fierté
Qui résonne le temps de la découverte
Jusqu’à ce que la nouveauté engendre la perte.

On attend le colis plutôt que la lettre.
L’accumulation d’objets est une raison d’être.
On trouve la différence dans la similarité,
Là où tout un chacun voit bien trop de parenté.

Le souci de vraiment tout compiler fait notre défense ;
Un désir encyclopédique qui n’attire aucune clémence.
La démence consiste à croire qu’un jour on possédera tout.
En vérité, Totalité te rend bien fou

Par son avide,
Infini vide.

mercredi 4 août 2010

L'Anguille

Poème inspiré du "Vampire" de Baudelaire

Toi qui, d’un seul coup de couteau,
Mes entrailles as perforé ;
Toi qui, déchiquetant ma peau,
Avec ton pénis fou à lier,

Dans mon esprit humilié
Anéantis toute étincelle ;
- Infâme à qui j’étais liée
Par une union peu éternelle,

Union que toi, comme un têtu,
Tu avais chérie bien en vain
Usant trop souvent de tes poings
- Maudit, maudit, maudit sois-tu !

J’ai usé ma gorge très vite
A crier pour ma liberté,
Et mon sang a coulé par litres
En hommage à ta lâcheté.

Alors, aujourd’hui, je te rends
La dure monnaie de ta pièce :
Le fœtus avorté tu prends
Dans ta gueule, et de son altesse,

Connard ! j’en fais de la bouillie
Qui a la saveur épicée
De ma dignité bafouée
Et de ton anguille flétrie.

samedi 12 juin 2010

Lâche-moi! (complet)

Réponse aux commentaires plus bas.

Lâche-moi!

« Je vais vous poser une question maintenant : que pensez-vous du viol ?
- Objection, votre Honneur : nous sommes ici pour estimer si mon client doit être jugé comme un adulte. Ce n’est pas encore son procès…
- Mais c’est ce que je fais, Maître J***. Je questionne sa moralité, c’est tout. Alors, Monsieur M*** ? Pensez-vous qu’un viol soit un acte condamnable, ou… ?
- Une fille violée, c’est qu’elle l’a mérité, c’est tout ! »
Maître J*** secoue la tête, blasée.
« Je vois… Je donne donc raison à la défense : Monsieur R*** M*** sera jugé comme un adulte pour le viol de Mademoiselle Viviane K***, à huis clos. La séance est levée. »

***

« T’es vraiment qu’une petite traînée !
- Attends, Vivi ! Attends ! Je suis désolée !
- Ouais, c’est ça ! Tu t’es bien éclatée, ouais ! Lâche-moi !
- Je voulais pas, c’est lui qui m’a…il m’a dit que…
- M’en fous ! Lâche-moi !
- Tu vas où ?
- Je rentre chez moi !
- Mais tu vas pas rentrer toute seule !
- Si, prends le taxi, j’rentre à pieds.
- Non, Vivi ! C’est pas sûr par ici, Vivi !
- M’en fous ! »

***

« Mm, allô ?
- Papa ?
- Mm…oui ?
- Tu dors ?
- Je dormais, oui. Qu’est-ce qui se passe ?
- Je rentre à la maison plus tôt que prévu.
- Ah ?
- Ouais. Carol n’est qu’une salope ; tu croiras jamais ce qu’elle m’a fait ! Je les ai vu tous les deux, avec Cédric. Ils se bécotaient dans les toilettes, j’te jure ! Je les hais !
- Calme-toi ma chérie.
- Je les hais !
- Calme-toi. Tu es où ?
- Je sais pas. Près de la gare. La rue B***, je crois.
- Attends, tu es toute seule ?
- Ouais.
- Je viens te chercher.
- Non, ça va, j’peux rentrer à pieds, je suis à dix minutes à peine.
- Non, non. Je passe te prendre. Toi, tu regardes s’il y a un bar encore ouvert et tu m’attends là, d’accord ? Tu me textottes quand tu en trouves un ? Vivi ? Tu m’écoutes ?
- Ouais, ouais. Un bar.
- Oui, tu trouves un bar et tu m’attends à l’intérieur. Je viens tout de suite.
- OK. »

***

Il allume une clope. Il range le briquet au fond son jeans. Il remet la capuche de son sweat sur sa tête car il bruine un peu. Il colle son dos contre la vitrine d’un magasin à vendre. Il essaye de ne pas repenser aux petits cons qui lui ont cassé le nez la semaine dernière. Il gratte la cicatrice sur la bosse qui lui fait toujours mal. Connard de médecin. Il a fait un sale boulot juste parce qu’il n’aimait pas sa gueule. Tous pareils. Tous des cons.
Il tire sur son mégot. Il ne veut pas rentrer chez lui. Sa mère décuve sur son canapé. Il n’a pas envie de la voir comme ça. Il a envie de la frapper quand il la voit comme ça.
Il balance son mégot au sol. Il ne l’écrase pas pour l’éteindre.

***

Ses talons claquent sur le sol. Elle marche tout en pianotant sur son iPhone que Carol est une traînée, que si ça ne tenait qu’à elle, elle l’étranglerait de ses propres mains, et elle envoie le texto à sa meilleure amie. Puis elle fouille dans ses documents et tombe sur la photo de Carol à poil que Joe lui avait envoyée la semaine dernière. Elle hésite puis se dit que non, elle n’aura que ce qu’elle mérite ! Elle fait transférer à tous les mecs du lycée qu’elle a dans ses contacts. Elle sourit puis range le téléphone dans son sac à mains. Elle sort son paquet de cigarettes et crapote un peu. Elle ressent une rage indescriptible et repense aux bons moments avec Cédric. Elle se dit que si elle rentre en pleurant, Papa va lui faire un thé au miel pour la consoler. Son père est un homme adorable. Elle a besoin d’un garçon comme lui. Mais les garçons comme lui, ça n’existe pas.

***

Elle est trop bonne, celle-là. Voilà tout ce qu’il se dit quand il la voit marcher vers la rue C***. Des seins qui sautillent en dessous de la veste en cuir. Des cheveux qui s’envolent derrière elle. Des petites fesses bien moulées dans le jeans ultra moullant. Il lèche sa lèvre inférieure : il a trop envie d’elle.
Il hésite un peu mais décide quand même de la suivre. Il a remarqué qu’elle a son téléphone dans la main ; il y a un clodo de l’autre côté de la rue ; il la suit discrètement, trois mètres derrière elle. Elle se la pète avec son sac de marque, ses lunettes de marque, sa bague qui brille. Une bonne petite bourge qui se la pète, voilà tout ce qu’elle est à ses yeux.
Elle range son portable dans son sac et sort une clope. Elle tourne à droite, là où les petits cons lui ont cassé le nez. Il trottine derrière elle pour la rattraper. La ruelle est sombre ; le réverbère a été cassé à coup de pierres par les jeunes du quartier.
« Hey, hey, toi ! Tu sais que t’es bonne ? »
Elle se retourne, le regarde méchamment, puis continue de marcher devant, plus vite. Il lui court après.
« Hey, attends ! J’vais pas te faire de mal. Reviens ! »
Elle court devant. Il court plus vite et l’attrape par le bras. La veste est entrouverte et il voit le dessus de ses seins dépasser.
« Lâche-moi !
- Hey, calme-toi. Qu’est-ce qui te prend, là ? Tu délires ou quoi ?
- Lâche-moi ! dit-elle plus fort.
- Oh-oh ! Pas besoin de crier. Je vais rien te faire ! »
Elle secoue son bras et recule en même temps. Il serre son poignet plus fort. Elle utilise son sac pour lui frapper le visage avec. Il esquive le coup, s’énerve et sort son couteau de la poche avant de le placer juste en dessous de son cou. Elle recule mais il la plaque contre le mur. Elle crie mais il pose sa main fermement contre sa bouche. Il renifle son cou.
« Mais tu sens bon en plus ! »
Elle le pousse de ses deux mains. Il colle la lame de son couteau contre sa jugulaire. Il sait où c’est. Son frère le lui a dit en cas de besoin.
« T’arrêtes ça, OK ? Et ferme-la ! »
Elle gémit toujours sous sa main.
« Ferme-la, j’t’ai dit ! Ou je te refais la façade, c’est clair ? »
Il regarde ses joues aux pommettes saillantes, puis il baisse le regard vers sa poitrine.
« Mais t’es vraiment bonne en fait. »
Elle se met à chouiner, ses mains toujours à pousser ses épaules. Il serre sa mâchoire dans sa main, donne un coup sec pour cogner sa tête contre le mur. Elle gémit de douleur.
« Ah ! tu l’as cherché. Je t’ai dit de te taire ! Mets-toi à genoux ! Mets-toi à genoux, j’ai dit ! »

***

La lame lèche son cou d’une manière dégueulasse, ça la dégoûte, mais la peur lui paralyse la nuque. C’est comme si sa haine de tout à l’heure envers Carol s’était envolée – c’est comme si sa volonté s’était envolée. Il ne reste plus que la peur – la peur instinctive de la lame collée contre sa jugulaire, qui palpite contre le métal gelé. Ses genoux se mettent à trembler et c’est comme si le regard de son agresseur la dépossédait de son corps – un regard vitreux, un regard d’aliéné, insondable – un regard qu’elle supplie mais qui ne réagit pas.
Sa tête heurte violemment le mur et pendant un instant, elle a l’impression de s’évanouir. Il lui donne des coups de pied dans le tibia, lui enserre la mâchoire pour la forcer à se baisser. Elle voudrait le frapper de ses mains libres mais elle sent une goutte glisser le long de son cou et s’enfuir dans son décolleté – sa veine palpite encore plus vite contre la lame.

***

Il parvient à la mettre à genoux, puis attrape ses cheveux et la plaque contre le sol, à plat ventre. Assis sur ses reins, il garde sa tignasse dans une main tandis que de l’autre, il range son couteau dans sa poche et fourre ses doigts sous la veste, sous le T-shirt, sous le soutien-gorge, où il lui malaxe un sein, avidement. Le mamelon contracté sous sa paume lui donne une trique d’enfer, telle qu’il en oublie les cris de la poufiasse. De toute façon, il n’y a jamais personne dans cette ruelle alors elle peut crier : personne ne l’entendra.
Il retire sa main en vitesse pour s’accroupir et commence à lui arracher le pantalon puis le string, avant de déboutonner son jean et de saisir son pénis en érection, impatient. Il respire comme un chien ; il veut à tout prix sentir la chaleur humide du vagin avant de perdre son érection. La poufiasse l’énerve ; il lui tire la tignasse en arrière, la rappelle à l’ordre ; il s’allonge sur elle, fait descendre le pantalon avec son pied et lui ordonne d’écarter les jambes. Evidemment, elle n’écoute pas.
Il cogne sa tête contre le sol.
Elle gémit encore alors il la cogne une deuxième fois.
Elle se met à tousser. En souriant, il se sert de sa main droite pour lui écarter une cuisse. Il coince son genou en-dessous et saisit à nouveau sa queue. Du bout du gland, il sent les poils puis le clitoris et enfonce d’un coup. Ça lui fait du bien, mais il est tout de même déçu que ce soit aussi sec à l’intérieur. Il l’entend chouiner à nouveau ; il voit la main qui cherche à se défendre, alors il lui attrape le poignet et se colle contre elle avant de lui donner des coups de reins rapides.
« T’aimes ça, hein ? T’aimes ça, pouffiasse ! Dis-le que t’aimes ça ! »
Elle ne l’écoute même pas et ça le fout en rogne, ses pleurs, ses geignements pitoyables. Il sent son pénis se ramollir dans le vagin trop sec pour lui et il a soudain envie de l’entendre crier. Il lui tire les cheveux mais elle ne fait que gémir. Il a donc une idée géniale. Il en ricane même. Il se retire et saisit à nouveau sa queue pour se branler tout en lui susurrant dans l’oreille :
« On t’a déjà troué le cul ? Vas-y, dis-moi ! C’est ça que t’aimes : te faire trouer le cul ?
- S’il vous plaît… arrêtez…
- Ouais, c’est ça que t’aimes !
- J’vous en prie… »
La voir trembler de peur l’excite de plus en plus : il cherche le rectum du bout du gland, est forcé d’écarter ses fesses pour l’approcher, puis il donne un coup sec. Ça coince un peu alors il force ; à chaque coup, il parvient à aller plus profond ; mais il a envie d’aller jusqu’au bout. Il crache dans sa main, se retire et masse son pénis avec sa salive avant de l’enfoncer à nouveau dans l’anus.
« Prends ça ! »
C’est tout ce qu’il arrive à répéter à chaque coup de reins : il faut faire durer son excitation et il n’a trouvé que ces mots pendant qu’elle crie comme s’il l’étripait.
« Prends ça ! Tiens ! »
Il sent que ça monte ; il en devient fébrile. Il se redresse légèrement et tente de ralentir ses mouvements : faudrait pas gâcher le plaisir. Elle en profite pour le faire chier et tente de le pousser. Il la plaque à nouveau au sol, sort son couteau de sa poche arrière et pose la lame contre sa joue.
« Tu veux ça ? Je te refais la façade si tu veux ! C’est ça que tu veux ?
- Je vous en prie…
- Alors dis que t’aimes ça ! »
Il lui redonne des coups de reins effrénés.
« Dis-moi que t’aimes ça !
- Arrêtez… »
Il sent que ça vient. Il pose son couteau à côté de lui et lui enserre la nuque pour l’empêcher de bouger. Il se retire et cherche l’entrée du vagin avec frénésie. Elle en profite pour remuer les jambes, ce qui l’énerve : il est à deux doigts d’y arriver et elle veut tout gâcher. Il la frappe dans les côtes jusqu’à ce qu’elle se paralyse, puis il attrape sa queue et tente de la fourrer dans son vagin au plus vite. L’excitation monte d’un coup et il éjacule à moitié dehors avant d’arriver à enfoncer une partie de son gland à l’intérieur. Il attrape une des cuisses et la serre contre sa hanche pour se donner l’illusion d’être un peu plus au fond quand les dernières gouttes de son sperme parviennent à arroser le vagin qu’il trouve toujours trop sec à son goût.

***

Ventre contre terre, elle tente de se débattre mais avec le cuir chevelu tiré en arrière jusqu’à la limite d’être arraché et cette main poisseuse qui écrase son sein, elle n’y arrive pas. Elle aimerait crier mais c’est la salive qui lui manque – seuls des sons rauques lui viennent à la bouche, sons rauques qui ne semblent même pas atteindre le bout de la rue. Elle cherche à s’échapper lorsqu’il lui arrache son pantalon – de même lorsque c’est au tour du string – mais le corps de son agresseur l’écrase jusqu’à l’étouffer. Lorsqu’il lui frappe la tête contre le goudron, elle se sent à nouveau partir, comme si la mort arrivait à grands pas, avant de s’évanouir aussitôt, l’abandonnant à son appréhension effarée. Elle ne veut pas mourir, mais elle ne veut pas sentir sa peur se réaliser non plus – cette peur instinctive qui lui saisit les tripes, cette peur innée de la violence misogyne.
Lorsqu’il la pénètre d’un coup, c’est sa crainte devenue amère réalité – elle en a instantanément envie de vomir, mais la douleur est plus forte. Elle sent ses parois vaginales se crisper, crisser autour de l’intrus et elle essaye de le pousser de sa main droite, la gauche, coincée sous son buste, tentant à elle seule de lui laisser l’espace minimal nécessaire pour respirer. Mais la tentative est à nouveau vaine : il lui saisit le poignet et le cogne contre le goudron, tandis que la lame enfoncée en elle lui lacère les derniers restes de sa volonté, les remplaçant par un découragement résigné, opprimé, abattu, qui disparaît à peine lorsqu’il lui tire à nouveau les cheveux en arrière pour lui cracher d’autres mots qu’elle n’écoute plus à l’oreille.
Elle retrouve la force de le supplier. L’espace de quelques secondes, elle espère à nouveau le répit après ce qui lui semble une éternité de souffrances. Elle craint ses menaces, mais n’imagine pas qu’il puisse les réaliser. Elle voudrait que ce ne soit que du bluff et qu’il la laisse enfin tranquille, ces mots sadiques devenant de simples mots, inatteignables, sans importance, de simples mots pour attiser sa peur – pas sa peur elle-même. Mais les mots sont là. L’haleine fétide avec. Le pénis collé à sa fesse aussi. Ses membres tremblent d’eux-mêmes, et elle essaye de reprendre le contrôle, mais c’est peine perdue. Elle sent des doigts se faufiler entre ses fesses, alors elle les contracte. Elle sent qu’on force l’entrée mais rameute ses dernières défenses, qui cèdent les unes après les autres, comme la porte d’une cabane forcée à coups de bélier.
Et elle crie de douleur car la torture est plus ignoble encore que la précédente. Le poignard la lacère de l’intérieur par petites entailles ; l’entrée écartée par petits à-coups répétés, vicieusement stoppés en chemin, pour que le suivant aille à chaque fois un peu plus loin, pour que le suivant fasse toujours plus mal que le précédent. Elle croit son calvaire terminé et parvient à ramper en avant de quelques millimètres à peine quand le châtiment odieux recommence, plus exacerbé qu’avant, plus hideux encore, ponctué par l’acharnement atroce de ce pénis qui n’en a jamais assez, de cette odeur poisseuse venue de la voix qui vient pénétrer ses oreilles avec la même violence que la lame qui découpe ses entrailles.
Elle supplie une dernière fois avant de céder pour de bon lorsque qu’il lui frappe les côtes, ses muscles capitulant. La tête clouée au sol par l’étau serré autour de sa nuque, elle sent son vagin à nouveau se faire violenter, se faire recouvrir d’un poison venu brûler ses déchirures, ponctué par le grondement de l’homme allongé sur elle. Cet homme qu’elle hait. Cet homme qu’elle voudrait tuer. Cet homme qui vient de la détruire.

Réponse aux commentaires:

@ "Anonyme": Je réponds ici car je n'ai aucune idée de qui tu pourrais être. Au cas où on se connaîtrait, je te tuttoie à mon tour.
Ton commentaire était aussi revigorant qu'une douche froide. C'est un compliment car les commentaires négatifs, je les recherche.
Pour répondre vraiment maintenant, je dirais simplement que ce "oneshot" s'il te plaît de l'appeler ainsi avait un but tout autre que celui que tu as identifié, à savoir provoquer. Mes écrits provoquants sont généralement plus puérils. Celui-ci est avant tout cathartique à mes yeux - une façon de me débarrasser (momentanément) d'un thème qui m'obsède trop.
C'est donc vrai que les personnages manquent de "vie" (disons de vraisemblance, ou d'effet de réel dirait Barthes), et que l'ensemble sonne désincarné, comme si on racontait un fait divers en prenant le point de vue de la victime/de l'agresseur plutôt que d'un journaliste soi-disant objectif. La raison de ce choix: exprimer la froideur nécessaire qu'il faut adopter pour parvenir à "supporter" la description d'un viol. C'est donc l'opposé d'une provoc gratuite façon Virginie Despentes. C'est plutôt une recherche sur la forme: comment raconter un viol sans entrer dans le cadre pitié/horreur, en restant dans la viol-ence pure. Un style désincarné est une sorte de violence faite au lecteur: avec un narrateur qui manque à son rôle de guide (moral et/ou esthétique), on force le lecteur à se jeter entièrement dans la narration, à se forger son opinion propre sans passer par le filtre des "sentiments du narrateur" (qui ne sont pas vraiment des sentiments ni vraiment les siens, puisque le narrateur n'existe pas plus que les personnages).

Ce qui est intéressant, c'est que le désengagement du narrateur/auteur est forcément traduit par de la provocation. Refuser de s'accorder à l'opinion commune est plus provoc encore que de penser autre. C'est vraiment intéressant.

@ Ramm-stein: merci! :)

vendredi 6 novembre 2009

L'amour des éléments

Je t’aime comme le vent
Qui déchaîne les plus fortes passions
Il peut sublimer mon chant
D’amour et d’adoration
Devant tes atouts purs et blancs

Je t’aime comme le feu
Qui crie des étincelles
Qui s’insinuent au creux
De tes reins. Quelle
Chaleur ! Me contrôler je ne peux !

Je t’aime comme le bois
Sage et timide je te vénère
Et pourtant je suis aussi ton roi
Dans la forêt j’erre
Seul car ton amour est ma croix

Je t’aime comme la terre
Qui écrase de ses pieds lourds
Ton cœur qui désespère
D’être un jour
Libre et solitaire

Je t’aime comme l’eau
Qui se faufile discrètement
Dans tes faux
Sentiments
Je ne désire que ta peau.

Je t’aime comme le métal
Qui te coupera la gorge
Et déposera des pétales
Sur ton corps
Qui a envie d’avoir mal

samedi 27 juin 2009

Glühend (extrait)

1

[...] Mais il fallut que je m’approchasse trop près de cette cheminée. Je les connaissais par cœur, nos effets pyrotechniques, pourtant – je savais toujours où et quand partirait le prochain feu d’artifice, où et quand le prochain lance-flamme s’enclencherait. C’était mon métier.
Mais je suppose que ce soir-là, l’effervescence du public me contamina et j’en finis par oublier les règles élémentaires de sécurité. Par deux fois déjà, je faillis me brûler – sur Asche zu Asche, bien évidemment : je perdis légèrement équilibre juste avant de me rapprocher du micro ; sur Du riechst so gut aussi, quand je tentai une esquive près de l’arc de Till. Deux petits écarts qui poussèrent Till à venir me voir vite fait en coulisses pour me dire de me calmer. Un petit sermon de cinq secondes qui ne m’empêcha pas de devenir l’attraction incandescente sur Sonne, la chanson suivante.
Ma seule fierté : je suis littéralement devenu le soleil de la scène pendant la chanson. Je ne sais pas trop ce qui me prit. Je voulais m’essayer à un petit tour ; je voulais sauter par-dessus la cheminée juste avant qu’elle ne s’enclenchât. Je trouvais le tour impressionnant, et le public aussi. Mais je dus rater mon coup au deuxième refrain, car mon pantalon soudain prit feu. Sentant les flammes lacérer ma jambe droite, je tentai de les éteindre avec ma main mais c’est la manche de ma veste qui s’enflamma à son tour. Par réflexe idiot, je mis ma guitare de côté pour la protéger, empoignant la sangle pour la passer par-dessus ma tête au plus vite, et ce faisant, je dus faire un faux pas, car je me sentis tomber en arrière. Mon bras embrasé se fracassa au sol sous mon poids et la douleur des os brisés se combina à celle de ma peau fumante. Paniqué à l’idée de ne voir personne accourir pour éteindre les flammes, j’essayai de me redresser et voyais autour de moi des fans hurler, les gars de la sécurité crier à notre équipe, arrivée sur la scène.
J’étais tombé dans la fosse, dans le creux entre la scène et les barrières, où je cramais devant les yeux effarés de tous. Le temps que l’équipe redescendît avec les couvertures mouillées et les extincteurs, mon corps était déjà à moitié enflammé. Et je me souviens que tout ce que j’arrivais à faire, c’était me tortiller dans tous les sens en criant à l’aide [...]

mercredi 8 avril 2009

Shall I explain my tattoos?

To describe and explain my tattoos, I usually need more than 5 minutes. Since repeating myself is quite annoying, here I am writing to you all that you need to know to understand why I was so crazy as to cover my chest with ink.

January 2009
The black rose and the German quote. This is quite long so let’s start with the quote.
It is an extract from the song by Rammstein, “Ohne Dich”:
„Ohne dich kann ich nicht sein
Mit dir bin ich auch allein
Ohne dich zähl’ ich die Stunden
Mit dir stehen die Sekunden
Lohnen nicht“
Translation into French :
‘Sans toi, vivre je ne puis
Avec toi, tout aussi seul je suis
Sans toi, les heures je compte
Avec toi, les secondes
N’ont aucun sens’
Translation into English :
“Without you I cannot be
With you I am also alone
Without you hours are set free
With you the seconds, on their own,
Are meaningless”
Those lyrics have had a huge impact on my life – they helped me through an awful deception – they also might have saved me from committing suicide – and now they are the main source of my inspiration. Listening to “Ohne Dich”, I wrote several poems – the most significant ones being:
“Tes paroles embrasser”, translated into German:

Deine Worte küssen

- Mit mir darfst du deine Worte küssen
Diese Worte musst du nicht vergessen
Sie werden auf meinen Brüste geschrieben
Um deinen Herz überfallen, meine Liebe zu beweisen
„Ohne dich“
Nur für dich

Auf meinen Brüste hab’ ich Ohne Dich tätowiert
Mit einer Rose, ohne Kreuz
[...]

And “Rose, flamme ou chocolat?”, which explain the reference to the black rose:

Rose, flamme ou chocolat ?

[…]
Ma rose noire exprime ma mélancolie
Que j’ai longtemps partagée avec lui.
Avec toi je voudrais les pétales compter ;
C’est avec lui que mes heures je peux ôter.

Moi, lui, nous avons notre cœur carbonisé ;
De plaisirs nous sommes mutuellement gavés.
Tu dois encore l’expérience cumuler
Tandis que nous allons la noirceur arborer.

The former poem is dedicated to Till Lindemann, who wrote “Ohne Dich” lyrics. In this poem I try to explain to him why I wanted to tattoo his words (for him to "kiss them" - metaphorically: for him to see the impact his words can have on fans).The other poem actually compares 3 types of love – the flame-like, the chocolate-like and the rose-like love. The rose-like love tends to take a meaningful colour, depending on which rose you identify with. I identify my heart with the black rose, the symbol of melancholia. The last two verses actually use the “Ohne Dich” lyrics very closely – seconds become petals in my poem.
That’s why my black rose tattoo is so close to my heart now. This is a warning for those who don’t know that I have “burnt” my heart.

November 2007
The Chinese signs: “wo ai” mean “I love” in Mandarin (reformed orthography – in Cantonese, for ex., they write “love” differently). Those signs follow the “Empty Death” in red and black tribal letters because Empty Death is the name of my favourite character in the novel I wrote, Mort et Solitaire (in English Dead and Lonely). This character is my Doppelgänger, in a sort of way – he symbolises all that I might have become if I had turned wrong: a crazy junkie full of contradictions and obsessions. Therefore, I love Empty Death as much as he loves me – the word order “Empty Death wo ai” makes the sentence kinda ambiguous.
The “t” in Death is a reversed cross made of wood and bone. You need read my novel to understand what it means. In short, it refers to a chapter, in which there is the only description of Empty Death, a skinny man, often nicknamed “Bone”.
I decided to tattoo this to celebrate my novel – I finished it right after my 20th birthday after spending 4 years working on it. It also symbolises the promise I made to the artist and my friends: I’ll publish my novel when I turn 24!
Wish me good luck!

lundi 1 décembre 2008

Fag-Hag 4 eva

Fag-hag 4 eva!


‘Mutilation is the most sincere form of flattery.’
Marilyn Manson, “Eat me, drink me”

*

Every time I go out into nightclubs I always accompany one or two gay friends of mine. It’s become a sort of habit: I’m fed up with stupid straight guys.
Tonight I’m driving Joshua’s car: he’s so drunk that he’s fallen asleep on the backseat, his head on Steve’s lap, dreaming about the guy who hooked him up in the club bathroom – or maybe about something else? Who knows?… Steve is also sleeping – I guess he smoked too many joints: usually he’d never let anybody get so close to his basket without his consent – even while he’s sleeping!
I wonder what I want to do – it’s 4:25 AM and I’m not driving towards Joshua’s flat – nor Steve’s – nor mine. I just took the highway and I’m waiting for the right moment.
For nearly three years I’ve been in love with these two boys sleeping in my back. I never told them – and I will never. They’d certainly laugh as they usually do when girls glance at them in the subway. It happens quite often since they are very cute – like most of gays. Strangely enough, I’ve always found gays very attractive – Joshua’s explanation to this “fascination” (as he calls it) is the fact that everyone is attracted by what one cannot have. And this conception of desire works for him since he always falls in love with heterosexual men. Once he even tried to fuck a priest: one of his favourite phantasms, he says. And guess what? he succeeded! Steve, on the other hand, says that desire is just like women – too complicated for him to speak on it.

Both of them consider me as their best friend – their own personal fag-hag. I used to be their “cover” for family dinners and parties, before they finally did their coming-out. They didn’t get rid of me because they found me funny and intelligent – so far unlike their boyfriends. I understand them completely, they say. I don’t know if I really understand them that much, but I try.
Tonight I decided to put an end to this situation. Not because I’m fed with them…not because I hate them…but because I can’t stand it anymore. I could just tell them that I don’t wanna see them anymore. I could break up, yeah – in a sort of way. But to tell you the truth it’s really too hard.

**

When Joshua woke up, he was lying on the road, looking up at my ‘Fruity here’ T-shirt. I had dragged him there and tied up his wrists and ankles. After realizing it, he laughed and said:
‘C’mon! Let go of me…’
He turned around and saw that Steve was tied with the same rope.
‘Hey! Cleo? That’s not funny anymore.’
‘Please!… I’m tired…’ complained Steve.
‘Let go of us, right now!’
I shook my head and whispered:
‘That’s too late, Josh…’
‘What d’you mean?’
‘… It’s just too late.’
I took a gas can out of the trunk and poured gasoline on the screaming men. The greasy liquid tried to penetrate their porous skins, their sparkling eyes – all that I wanted to destroy. I needed to destroy them – to destroy their attractiveness, to put an end to this catch-22 situation. I couldn’t stand being “just a pal” anymore. I could not live as a fag-hag only. I could not be a fag-hag for ever.
I took out a cigarette and lit it. Joshua looked up at me with his horrified eyes. It was the first time in my whole life that I had held a cigarette with the intention of smoking it. Steve began to cry, spitting gasoline on the road. I waited for one or two minutes, slowly dragging on my cigarette and watching the two guys who used to make me laugh, who used to make me dream. The smoke was blinding me progressively. Joshua was shouting hysterically when I threw the butt to the ground, right into the flammable product. Yes, I set my good-looking guys on fire without compassion for them both.

My eyes were not brimming with tears or remorse when I drove away from the inferno. Their desperate screams were not haunting me. Their painful contortions were flying up out of my head like smoky thoughts that vanish when you’re drunk. They were no more than crying ghosts, evaporating from my liquefying brain – no more than small vampires who were burnt to ashes by the pitiless sun. They were just disappearing from my mind – from my memory.
I drove miles and miles before I stopped again in the middle of the road. I opened the trunk and took out the second and last gas can.

Sitting on the front seat, I lit another cigarette. Joshua’s car immediately exploded.

***

Are you expecting the moral of this story now? Well, you’ll have to wait for a very, very long time then – because I’m dead! There’s really nothing to add.
Some people might think that I must be burning in hell now. As a matter of fact, I didn’t burn for quite a long time – I very soon fainted: the pain was too strong. Next there was nothing. Just a void. The same type of void you experiment when you are an embryo – when your brain is not working yet. No light that shines or shimmers or gleams or glows at the end of an imaginary tunnel. No judgement, no conviction. Your only sentence is to disappear without remembering what you were before dying.
Not even anything to remind me what I wanted to flee…my own self.

No shame and no remorse… Nobody and nothing… Not even any feeling of love for Joshua and Steve, who vanished just as I did – shrieking, squealing their pain as if the devil was cursing them with his best spell. I needed to do it: it was beyond my will, beyond my control. When you can’t bear something anymore, you must eliminate it – you must shatter it into millions and millions of tiny pieces that will cling to you like leeches. Millions and millions of leeches – sordid insects that stick to you as if you were their saviour – squeaky little toys that come from your worst nightmares…
It was just too late – it is always too late when you realize the truth: you have the choice between destroying yourself and destroying others. But when you put off making your choice, you end up with no other alternative: you have to destroy both.
The problem is, sometimes it’s hard to destroy something that you created yourself.

lundi 27 octobre 2008

Sanglant Miroir (Réflexion Sanguine corrigé)

Un homme à la peau bronzée par nature était allongé sur le béton dur et froid d’un sous-sol. Il rêvait de pétales de roses – celles qui, rouges comme la Passion, font vibrer les amants…
- Alors, Hoppie ? On s’est endormi ?…
Les pétales se transformèrent en quelque chose de mouillé, comme quand il était petit et qu’il découvrait au réveil que maman allait le gronder si elle apprenait qu’il avait encore fait pipi au lit. Mais il n’eut pas le temps de se revoir à cinq ans. Une douleur aiguë au côté droit le percuta de plein fouet ; il eut l’horrible sensation que son cœur manqua un battement, que ses poumons ne reprendraient plus jamais leur souffle ; et il consentit à ouvrir les yeux sur son propre sang. La face agglutinée sur le béton rouge et humide, il était paralysé, incapable de focaliser son esprit sur la réalité glaciale et écœurante qui lui faisait face. Pendant une fraction de seconde, il se demanda : où sont passés les pétales ? Ils ne peuvent pas avoir disparu comme ça…
- Alors, comme ça, on fait dodo ?
La voix lui était vaguement familière. Grave, pure, méprisante et gelée, elle renvoyait toujours à l’image d’un être obscur.
- Désolé de t’avoir réveillé si brutalement. Mais je préfère quand tu es conscient.
À peine ces derniers mots furent-ils chuchotés à son oreille qu’il fut soulevé par les épaules et mis à genoux. Légèrement penché en avant, il était prêt à recevoir d’autres coups.
- Tu es vraiment mignon avec tes petits pansements.
Hope leva la tête.
- Tu ne dis rien ?
Il baissa les yeux vers le sol.
- Je vois. Pas un petit merci, ni même un sourire. Quelle ingratitude ! Mais bon, tant pis. Après tout…je ne te garde pas ici pour que tu causes.
Une main chaude et éclatante de propreté vint cajoler son visage endolori par les plaies. Il redressa la tête et décocha un regard qu’il voulait mortifiant à l’homme qui le dominait de sa hauteur et dont il ne connaissait que le nom : Raven. Un beau gosse aussi propre sur lui, et qui s’était présenté comme un client banal ? Hope aurait dû se méfier…
- Non, non…ne baisse pas la tête. Voilà, comme ça…j’aime bien voir tes yeux…
Raven plongea son regard dans celui de son prisonnier, dont le visage était encadré par de longs cheveux frisés et dégoulinants d’hémoglobine.
- Tu es à vomir ! Tu devrais te laver, et pas avec ça !
Raven eut un petit rire moqueur en indiquant la mare rougeâtre, en partie coagulée, qui s’étalait tout autour de son détenu. Comme réponse, Hope détourna les yeux vers le miroir, dont il ne saisissait toujours pas l’utilité dans un tel endroit. Après tout, une armoire remplie d’ustensiles comme des fouets ou des couteaux, un évier pour les laver après usage ou une table de travail pour déposer vêtements de rechange ou repas pour la journée, ça restait assez logique. Mais un miroir ?…
- Tu es vraiment excitant.
Coupé au milieu de sa réflexion, Hope dirigea ses yeux vers ceux de son tortionnaire.
- S’il vous plaît…
Le corps tremblant, les yeux suppliant, les lèvres gardant enfouie une requête inutile, Hope regarda Raven se déshabiller, le vit passer à côté de lui pour s’agenouiller derrière son dos, et le sentit se presser contre son corps déjà meurtri tant de fois – sans bouger, sans mot dire.

Hope n’observa pas les minutes s’écouler – que cela dura quelques secondes ou plusieurs heures, qu’importe ? D’ailleurs, était-il enfermé dans cette cave depuis des jours, des mois ou des années ? Faire le compte dans son esprit l’obligeait à se remémorer tout ce qu’il ne voulait qu’oublier. À quoi bon vouloir que cela durât moins longtemps que la veille ? Autant attendre passivement – le résultat serait le même.
Et pourtant…comment détacher son esprit de son corps quand une main ardente et délicate vient s’insinuer dans tous les recoins de sa peau ensanglantée ? Comment ignorer la pression exercée sur ses blessures languissantes de douleur lorsque des mouvements réguliers et détestables ne cessent de rappeler la présence d’un intrus immonde tout près, trop près de soi ? Comment se retenir de geindre pitoyablement quand l’orgasme brûlant d’autrui résonne à ses oreilles ?…

Après avoir reboutonné son jeans, Brian Raven se dirigea vers son miroir, abandonnant derrière lui sa victime essoufflée. D’un regard satisfait, il contemplait le corps légèrement amaigri de son latino tout en retirant sa chemise maculée de sang. Regrettait-il les fois où, mû par un instinct de survie absurde, Hope Angeles se débattait, criait, grognait comme une bête coincée dans un piège à loups ? Peut-être. En tout cas, il était sûr d’une chose : l’apathie dont sa victime faisait preuve ces derniers temps l’énervait au plus haut point.
- Tu me déçois beaucoup, Hope.
Brian soupira.
- Je fais le ménage partout (d’un geste circulaire, il embrassa la salle) ; et toi, tu t’obstines à pourrir dans ta crasse. Je fais la cuisine – même si je ne suis pas un très bon chef ; et toi, tu refuses d’avaler quoi que ce soit. Je vais finir par être obligé de te transfuser.
Brian boutonna la chemise propre qu’il venait d’enfiler puis se retourna.
- On croirait presque que tu es toujours sous les effets du succinylcholine que je ne t’ai plus administré depuis…un bon moment déjà.
De vagues souvenirs ankylosés par le temps refirent leur apparition et Hope tenta de les faire disparaître en changeant de position – en vain, car ses côtes cassées l’obligeaient à rester allongé sur sa couche exécrable. Il se remémora les premiers jours de sa captivité : Raven (c’est ainsi que son ravisseur s’était présenté – maintenant, il se demandait si c’était véritablement son nom) lui faisait des piqûres fréquentes ayant pour effet de le maintenir dans une immobilité artificielle contre laquelle il ne pouvait lutter – ses yeux refusaient de cligner – tous ses muscles étaient en stand-by – même ses poumons ne pouvaient recevoir l’oxygène qui lui était vital sans l’aide d’un respirateur. Ainsi Raven lui fermait-il et lui rouvrait-il les yeux de temps à autre ; le déplaçait-il comme s’il eût été sa poupée Barbie ; menaçait-il parfois de le « désintuber » sous le coup de la colère…
Brian se planta juste devant la tête de Hope.
- Tu es indolent, aujourd’hui, je trouve. Je crois que je vais jouer avec toi…
Il saisit la masse de cheveux bouclés d’une main ferme et releva la tête de son prisonnier avant de lui envoyer un coup de poing fracassant. Hope alla atterrir un mètre plus loin, puis se mit à gémir et à cracher de la salive rougeâtre sur le béton glacé, couvert de sang caillé.
Brian soupira.

Lorsque Hope reprit enfin connaissance, le gardien se lavait les mains. À vrai dire, il ne pouvait pas vérifier si les clapotis qui parvenaient à ses oreilles étaient bien dus à cette obsession pour la propreté, ayant la joue gauche collée contre le ciment et le regard tourné vers le mauvais côté de la salle : le mur opposé à celui du miroir – le lieu où il avait abandonné toute volonté.
Ce pan du mur était muni de deux paires de menottes – une pour les poignets, une pour les chevilles – qui pendaient au bout de chaînes noircies par les éclaboussures. C’est jusqu’à cet endroit-là que Raven l’avait traîné après avoir arrêté les injections de l’agent paralysant. C’est là que le sadisme de Raven s’était révélé sous son plus sombre jour. C’est là que Hope s’était époumoné jusqu’à perdre tout espoir – là qu’on lui avait enseigné que « dans un sous-sol, personne n’est sympathique » – là qu’il avait été dressé au maniement de sa souffrance – là qu’on l’avait obligé à se repentir de son péché de luxure.
Si seulement il avait su jusqu’où la prostitution le conduirait.
Brian revint se poster devant le piteux visage du latino qui, par sa posture affligeante, engendrait répulsion et désir, avant de s’accroupir, une lame de rasoir bien effilée brillant dans la main.
- Parfois, je me demande…
Hope se mordit la lèvre inférieure : il savait ce que son tortionnaire lui préparait sans même le voir manier sa prochaine arme.
- …si tu le fais exprès. Je veux dire : me mécontenter. T’arrive-t-il de penser à moi, de temps en temps ? Non. Jamais. C’est toujours toi, et uniquement toi, qui importes. C’est lassant, vois-tu ?
Brian l’attrapa par l’épaule et le retourna comme une crêpe, avant d’exposer la fine lame à ses yeux. Malgré l’éclairage de la pièce, plutôt faiblard, le délicat morceau de métal gardait tous ses attraits.
- Tu vois, oui ou merde ?
Brian fit pivoter la lame entre ses doigts, admirant l’air contrit que son détenu était loin de vouloir dissimuler. Puis il s’installa par-dessus l’abdomen de Hope et se mit à tracer des sillons rouge vif le long de ses pectoraux, appréciant les geignements lubriques qui semblaient en sortir. Effaçant le surplus de sang d’un coup de mouchoir, il calmait son mécontentement au fur à mesure que ses dessins prenaient forme, à l’instar d’un malade mental qui reprend contrôle sur lui-même en répétant une gestuelle systématique.
- Arrêtez… !
- Tiens ? Tu te décides à réagir, à présent ?
Hope essaya de se débattre, mais Raven le mit hors d’état de nuire en une fraction de seconde.
- Ah ! C’est étrange. Pendant un instant, j’ai cru retrouver mon petit Hoppie. Dommage qu’il se soit éclipsé aussi vite.
Brian se releva, envoya un coup de pied dans les côtes de Hope, et se retira auprès du miroir – le seul qui semblait vouloir le regarder, le seul qui s’intéressait à lui.
- Aujourd’hui, c’est Noël, Hope. Le savais-tu ? Non, bien sûr que non. Comment le saurais-tu ?… Et, bien que tu n’ais pas été très sage à mon goût, j’ai quand même décidé de te faire un petit cadeau. Quelque chose que tu apprécieras sûrement. Qu’en penses-tu, dis-moi ?
Hope remua dans sa flaque de sang séché.
- Je vois. Tu t’en fiches. Tant pis.

***

- Lève-toi.
Hope n’en avait pas la force, ni la volonté.
- J’ai dit : lève-toi ! Tout de suite !
Mais il n’avait pas non plus la force, et encore moins la volonté de résister à un ordre, ce qui rendait son comportement paradoxal : toujours apathique, jamais inactif. Il participait à son sort sans avoir à utiliser son libre-arbitre. Car on l’avait privé de sa liberté sans son consentement. C’était d’ailleurs l’un des motifs pour lesquels il allait finir par accepter d’être incarcéré pour toujours dans cette cellule : quand on n’a pas choisi d’être la victime, toute la responsabilité revient au bourreau. Si Hope devait subir ce calvaire tous les jours depuis on-ne-sait-plus combien de temps, c’était à cause de Raven. S’il ne pouvait plus discuter avec ces compagnons de trottoir, ni revoir les quelques membres de sa famille qui ne l’avaient pas renié, c’était encore à cause de Raven. Toute la faute revenait à Raven, son tortionnaire, celui qui lui avait arraché les quelques raisons de vivre qu’il lui restait avant de les remplacer par une seule autre raison : celle de vivre par défaut.
Vivre par défaut ? Quelle drôle d’expression.
Hope se leva et claudiqua vers le lit que Brian venait d’installer pour lui. Au passage, il reposa les yeux sur son reflet. Ce dernier lui renvoyait une réplique sereine de lui-même. Placide, flegmatique presque, il envisageait l’inconcevable éventualité que peut-être, un jour, il en serait réduit à approuver cette situation. Acquiescer à l’Inadmissible pouvait-il faire de lui le complice de son propre martyre ?… Enfin, il alla toiser Brian qui, agréablement allongé sur le matelas, lui faisait signe de s’installer à côté de lui, ce qu’il accepta de faire sans réfléchir.
- Alors ?… Qu’en penses-tu ? N’est-ce pas une merveilleuse idée ? Un lit douillet où tu pourras te reposer confortablement.
- Mouais…sûrement…
- C’est fou comme tu as l’air enthousiaste !
Brian se mit sur son séant. Hope évita son regard.
- Je vois. Tu préfères retourner dans ta boue sanguinolente, où je n’hésiterai pas jouer avec toi…
- Non, s’il vous pl…
- Ah ? Tu ne veux plus, finalement ? Intéressant. Tu as fini par comprendre que les bains de sang n’ont aucun effet sur le bien-être de ta peau. Tu es donc intelligent en fin de comptes ?
- …Apparemment…
Pour la première fois, Brian lui sourit.
- Bien. Maintenant que tu as "ouvert" ton cadeau, c’est à mon tour d’avoir le mien. Tu es d’accord ?
Hope haussa les épaules. Brian se pencha vers lui et releva une de ses mèches de cheveux visqueuses pour mieux le regarder.
- Il faut que tu dises que tu es d’accord, sinon ça ne marche pas.
Hope soupira, puis daigna diriger son regard vers lui.
- D’accord.
- Bien. Maintenant, embrasse-moi.
En d’autres circonstances, Hope aurait vraisemblablement opposé son refus catégorique à une demande aussi farfelue, à une requête aussi saugrenue, à un souhait si incongru et grotesque. Plutôt que de cela, il se contenta de secouer la tête.
- Tu as dit que tu étais d’accord. Tu ne peux pas revenir aussi facilement sur ta parole, tu sais…
C’est étrange comme il est facile de voler la personnalité d’autrui ; de détruire toute sa volonté ; d’atomiser sa conscience ; de pulvériser sa vie intérieure. Pas besoin d’être un génie ; un petit côté dominateur suffit. Brian Raven sentait que Hope allait bientôt lâcher prise. Petit à petit. Il le voyait déjà se livrer à lui ; dire adieux à ses dernières intentions, même celle de s’enfuir. Car, depuis le début, il l’avait privé de la possibilité de retrouver sa liberté. L’infime espoir qui avait peut-être subsisté, s’était volatilisé avec le temps et les coups. C’était en ceci que consistait tout son Art : non plus anéantir un être humain, non plus en faire sa chose, son animal de compagnie ; mais le pousser au-delà de ses propres limites de l’Inacceptable et le voir opter lui-même pour le pire, qui, dans sa nouvelle conception du monde, s’est transformé en moindre mal. Créer un être mi-humain, mi-animal, en quelque sorte. À la différence près qu’ici, la manœuvre pseudo-scientifique perd toute sa valeur intellectuelle pour ne conserver que le plaisir égoïste et pervers d’observer la déchéance du sujet : un gay qui se prostituait pour survivre finissait par s’enchaîner à ses propres malheurs.
- Alors ? tu es prêt maintenant ?
Hope s’obstinait à scruter le sol, où des petites gouttes de sang ressemblaient étrangement à des pétales.
- Si tu m’embrasses, tu auras droit à un bain. En-haut. Si tu vois ce que je veux dire.
- Vous n’me laisserez jamais partir.
- Non, en effet. Ravi de voir que tu as enfin compris ça.
Brian patienta.
- Très bien.
- De quoi ?
- D’accord. Je suis d’accord.
- C’est très sage de ta part, Hoppie.
- Juste une question d’abord. Raven, c’est vraiment vot’ nom ?
- Oui.
- Et vot’ prénom ? C’est quoi ?
- Brian.
Hope acquiesça par réflexe.
- Okay…
Il se pencha avec circonspection vers Brian.

Mues par une impulsion qui mêlait appréhension et besoin, leurs bouches se rencontrèrent pour la première fois. Le parfum de grande marque de l’un s’associa aux senteurs poisseuses de l’autre, comme si leurs effluves s’enfuyaient de leurs corps pour se réfugier avec fougue dans cette passion naissante. Leurs respirations s’accordèrent pour établir une harmonie exceptionnelle, presque inouïe. Formant une union qu’ils n’imaginaient pas possible, leurs corps s’immiscèrent l’un dans l’autre. Leurs lèvres, liées par une puissance prodigieuse, ne pouvaient plus concevoir la séparation. Elles souhaitaient rester attachées pour toujours, ne plus jamais être divisées. Ce contact, inédit dans sa volupté, se prolongea une éternité. Car rien ne pouvait interrompre cette rencontre. Rien n’aurait pu suspendre cette entrevue.

Quelques mètres plus loin, le miroir se demandait encore s’il avait affaire à un nouvel exemple du syndrome de Stockholm ou pas.

samedi 25 octobre 2008

Nietzschéenne jusqu'au bout des ongles

I

Quand je croise un clodo qui joue du violon dans la rue, savez-vous ce que je fais ? Je sors un billet de ma poche et le lui montre – avant de très poliment lui demander d’arrêter de jouer. L’expression ahurie sur son visage me fait sourire – ainsi que sa désolation en touchant le billet : le prix à payer pour me faire plaisir…
Suis-je sadique ? peut-être ! En tout cas, qu’il joue mal ou non, ça m’est égal. Le geste reste le même. Je m’en fiche si mon geste le poussera au suicide plus tard. Sur le moment, je trouve mon geste sublime – et c’est ça le plus important.
Mes amis disent que je n’ai pas de cœur ; c’est possible… En tout cas, ce n’est pas ça qui m’arrêtera. Pourquoi ? Mais voyons ! vous le savez aussi bien que moi : avoir un cœur n’aide pas à survivre dans ce monde impitoyable – bien au contraire ! C’est souvent notre propre sensibilité qui nous détruit en premier – avant même qu’on connaisse la méchanceté d’autrui. Alors faites comme moi ! Soyez cruel, soyez barbare ! Acceptez d’être impitoyable à votre tour et n’attendez pas que les autres le soient avant vous…de peur d’être éliminé de la carte.

***

Mes journées, je les cadence à coups de ‘phrases qui tuent’. Étant plus jeune, je critiquais la tenue de mes copines en disant :
‘Je n’enfilerais même pas ça à mon chien !’
Avec le temps, j’ai su me faire plus…innovante. Quand les passants rigolent de mon caniche, je leur lance :
‘Lui, au moins, il est allé chez le coiffeur dernièrement !’
Et leur air idiot me fait rire aux éclats. Mon concierge étant un obsédé sexuel avéré, j’aime à me promener en mini-jupe dans le couloir quand vient l’heure de faire sa ronde. Je me dis qu’avoir une érection tous les soirs alors qu’on est moche et célibataire doit être sacrément frustrant. Ma femme de ménage étant du genre un peu trop curieuse, je me plais à cacher des préservatifs usagés dans les recoins de mon appartement en laissant des petits mots tels que :
‘Sûrement quelque chose qui doit vous manquer…’
Que m’importe si les personnes que je rencontre finiront toutes dans le cabinet d’un psy ! Sur le moment, c’en est presque jouissif.

Oh ! mais attention ! N’allez pas croire que je suis une frustrée – future vieille fille acariâtre. Non, non, mes chers lecteurs. Ma vie sexuelle est au beau fixe. D’ailleurs, j’ai plus de prétendants que mon lit pourrait en supporter. À l’instar des playboys richissimes, je collectionne les conquêtes masculines comme mon père collectionnait les billets de banque et ma mère, les timbres. D’aucuns disent que je dois être lesbienne : explication moins que rationnelle à mon comportement imprévisible. Car, quand je dis que je les collectionne, ces hommes, je ne dis pas que je les garde.
En général, je les jète aussi facilement que des vieilles chaussettes – j’en change aussi simplement que de chemisier. Et puis, parfois me vient l’idée saugrenue de marquer le coup et de les détruire à vie. Le dernier en date eut l’immense joie de goûter à ma méchanceté gratuite en plein milieu d’un orgasme :
‘Surtout, préviens-moi quand tu auras fini d’asticoter ton vers !’
Il en resta scotché – comme une mouche prise au piège dans la colle luisante de mon insouciance. Après la perte de son érection, il se coucha – s’apprêtait à s’endormir quand je le poussai de mon pied gelé :
‘Eh ! tu ne vas quand même pas passé la nuit ici – j’en ai marre de tes ronflements. Allez ! tire-toi !’
‘Tu plaisantes, j’espère !’
‘J’ai l’air de plaisanter peut-être ?’
Et, grâce à mes ongles manucurés, je lui pinçai les fesses avec malveillance. Quelques minutes plus tard, il s’en allait avec ses affaires et mes griffures sur le derrière.
Je n’aime pas les hommes qui s’imposent – et peu m’importe qu’il fût bon au pieu.

***

J’entends déjà une objection : vous ne comprenez pas pourquoi je m’acharne à être si odieuse ? Pourquoi je rythme ma vie de traits d’esprit mesquins dans le seul but de vexer mes congénères ?… Mais pourquoi devrais-je être bienveillante envers tous ces êtres immondes qui prétendent appartenir à mon espèce ? Qu’ai-je à y gagner ? Une place au Paradis ? Eh bien, je la vends au plus offrant, cette place ! Quelqu’un est intéressé ?

II

Aujourd’hui j’ai réussi à me faire admettre au Purgatoire sans le faire exprès. Comme d’habitude, j’avais traversé la rue sans regarder. En général, la voiture finit toujours par s’arrêter en klaxonnant – et moi, je lance toujours un doigt d’honneur sans prendre la peine de jeter un œil au conducteur impatient.
Mais cette fois-ci, le conducteur en question avait obtenu son permis dans un paquet de corn-flakes. Ses réflexes étaient largement à revoir. Et je constate qu’il ne me rejoint pas : soit il s’est bien débrouillé pour survivre à l’accident, soit il a pris un aller simple dans le train express pour l’Enfer. La seconde proposition me plaît beaucoup et j’en rigole à gorge déployée…avant de me décider à faire le tour du propriétaire.

Le Purgatoire est d’un ennui atroce : il n’y a personne. Pas même un hologramme d’ange qui m’expliquerait combien de temps il me reste à passer ici, et pour quelles raisons. Juste des murs blancs matelassés – je me demande encore pourquoi ils ne m’ont pas enfilé la camisole de force (l’accessoire pourtant indispensable dans un lieu pareil). Une prison sans gardien à engueuler – une chambre d’hôpital sans infirmière à martyriser…
Il n’y aurait pas l’inscription Purgatoire au dessus de la porte fermée à double tour que je croirais être en Enfer. Langeweile macht frei. Ouais, sûrement. N’empêche, je devrais considérer cet endroit comme le lieu idéal pour oublier la stupidité des êtres humains – mais, bizarrement, ces derniers me manquent. C’était tellement agréable de m’acharner sur mes congénères…

Oh ! Oh ! mais non, attendez ! Je conçois tout de suite mon rôle dans ce jeu débile : on veut me rendre dingue. Oui, c’est ça ! En me coupant du monde, on désire me voir me vautrer dans mes propres contradictions – mais c’est sans compter sur ma perspicacité, hé ! hé ! On espère me voir perdre la tête…eh bien, non ! Je m’installe tranquillement par terre et j’attends.
Je constate que personne ne pense à m’apporter un peu de nourriture. Bon, à vrai dire, je n’ai pas très faim – l’un des privilèges d’être morte – ça tombe bien : je voulais faire un régime, de toute façon. J’examine mes ongles : l’un s’est cassé lors du magnifique saut périlleux que j’ai réussi juste avant de me fracasser au sol. Et bien sûr, on ne va pas m’apporter de lime non plus. Je soupire.
En même temps, me dis-je, je suis contente d’être morte dans un accident de la circulation. Depuis que j’avais vu Destination Finale 3, j’avais peur de mourir grillée dans un institut de beauté. Vous imaginez ça, vous ? Se faire carboniser dans une cabine à UV ? Quelle horreur !!

Une feuille apparaît au bas de l’unique porte. Tiens ? Un message – un erratum, peut-être. Celui-ci proclame :

Bienvenue au Purgatoire !
Nous avons été contraints de vous envoyer ici pour le moment. En effet, nous souffrons d’un léger manque de place au Paradis. Nous espérons que vous nous excuserez pour la gène occasionnée.
Veuillez agréer nos sentiments les plus distingués,
Saint Pierre et Compagnie.

Quelle connerie !

***

‘Et vous voici enfin parmi nous ! Nous sommes vraiment désolés pour l’attente – d’habitude nous arrivons à gérer…mais là, nous nous sommes retrouvés avec une recrudescence d’âmes – nous ne savions plus où donner de la tête !’
St Pierre me soûle déjà.
‘Vous comprenez, quand Jésus part en vacances, il nous laisse un peu tout sur les bras – c’est pas facile…’
Et je me rends compte que mes préjugés à propos du Paradis étaient fondés : il fait froid même si c’est surpeuplé ; la déco est à vomir – des nuages sur tous les murs, avec des chérubins qui gueulent en réclamant leur biberon ; et puis, tout le monde sourit avec bienveillance à mes sarcasmes. Il me prendrait l’idée de les gifler qu’ils tendraient l’autre joue, ces idiots ! Et l’archange Gabriel qui n’arrête pas de me coller aux talons aiguilles en chantonnant : « Tu t’es cassé un ongle ! Tu t’es cassé un ongle !… » comme si c’était une nouvelle extraordinaire ! – « Va annoncer tes évangiles ailleurs, connard ! » Même les séraphins, que je trouvais super class en arrivant, ne sont en réalité que des prétentieux qui se contentent de lire toute la journée en écoutant du Mozart dans leur i-Pod.
Alors, au bout de 37 heures, 22 minutes et 45 secondes de torture, je me rends dans les quartiers de Saint Pierre et je lui demande de m’envoyer en Enfer.
‘Oh ! mais, comprenez…ça ne fonctionne pas comme ça. Seul Dieu peut autoriser un départ ou une arrivée d’âme…’
‘Très bien ! Comment puis-je obtenir un rendez-vous avec ce crétin soi-disant omniprésent ?’
‘Eh bien, il faut d’abord remplir un formulaire en précisant toutes les informations importantes vous concernant : date et heure de votre mort et de votre admission au Paradis…enfin, vous savez, la procédure habituelle…ainsi que les raisons que vous poussent à nous quitter. Ensuite, vous devez remettre ce formulaire au Séraphin chargé des requêtes spéciales – en ce moment, ce doit être Elias ; ou peut-être Dimitri ? – qui le transmettra à votre Ange Gardien. Ce dernier l’examinera, puis vous convoquera pour un entretien personnel. Si celui-ci se passe bien, votre dossier sera transmis à Jésus (enfin…dès qu’il sera rentré de vacances), qui l’examinera à son tour, avant de l’envoyer à Dieu en personne, qui décidera de votre sort. Voilà !’
‘Dites-moi…’
‘Oui ?’
‘Cela vous plaît-il de me rendre complètement folle avec votre labyrinthe administratif des plus tordus ?!?’
St Pierre me regarde sans comprendre.
‘Montrez-moi la sortie tout de suite – ou je me charge personnellement de transformer cet endroit en véritable enfer !!’

Une bombe ! Il me faut une bombe. De la dynamite. De la poudre à canon. N’importe quoi ! Je dois faire sauter tout ça ! Tout doit exploser. Je vais tout brûler – tout cramer.
Puis, je suis saisie par une illumination : je ne suis pas au Paradis ! Non, non, bien sûr que non. Je suis dans une des nombreuses salles de torture de l’Enfer !! Je lève la tête et je crie à en perdre la voix :
‘Ah ! Ah ! vous avez essayé de m’avoir, bande d’imbéciles ? Mais ça ne marche pas deux fois ! La torture psychologique, j’en suis passée maître ; alors, sortez-moi de là – et plus vite que ça !!’

III

‘Ah ! Il était temps : j’avais commencé à attendre.’
Satan me salue et me félicite : la plupart des mortels ne passent pas la première étape, dit-il. Puis il m’explique que l’Enfer, le Paradis, le Purgatoire, la Réincarnation, etc. ne sont que ses propres inventions – des moyens plus que timbrés pour faire souffrir (lui, il appelle ça ‘tester’) les nouveaux arrivants. D’ailleurs, ajoute-t-il en faisant de grands signes avec les bras, on n’est pas en Enfer ici, mais dans l’Au-delà.
‘Quelle subtilité !… Bon, c’est pour quand le dîner ? Et où est-ce que je pourrais trouver une lime à ongles ?’

Pas de hiérarchie ; pas de démons ; pas de torturants ni de torturés ici. Juste la phrase « Fais ce qu’il te plaît quand tu en as envie » inscrite sur tous les murs. Car ici, tout est possible – des fantasmes sado-masochistes aux rêves de princesse enfermée dans un donjon, en passant par les banquets les plus succulents et les sauts en parachute, tout est à la portée de tout le monde. Pas de limite financière, physique ou temporelle. Il suffit de marquer « Je veux… » sur un bout de papier. Et bien entendu, personne qui en profite ! Je questionne donc un peu au hasard et devinez ce qu’on me répond :
‘Oh ! vous savez…au début, c’est marrant. Et puis, on se lasse très vite…’
‘…d’ailleurs, vous remarquerez que les nouveaux arrivants, on les reconnaît à leur impatience : ils essaient tout, tout de suite – mais ils ne comprennent pas qu’ils vont rester une éternité ici…’
‘Moi, j’ai épuisé les ressources de mon imagination il y a presque un siècle et demi…et vous ne pouvez pas savoir comme je m’ennuie !…’
‘Eh ben, moi, j’ai essayé de redevenir mortel – mais ma famille m’a renié…apparemment, ils se débrouillaient très bien avec mon héritage…’
‘Moi, j’ai trouvé la combine : je me fais copain-copain avec les nouveaux, et je les pousse à se triturer la cervelle pour me trouver de nouvelles activités – ça marche ! Le problème, c’est qu’ils ont tous un peu les mêmes idées…’
Navrant…

***

Mais l’idée de génie a déjà fait son apparition dans mon esprit malicieux. Je prends un papier et un stylo pour écrire :

Je veux prendre la place de Satan.
Je veux être adulée comme une star par tous les habitants de l’Au-delà pendant une éternité.
Je veux que tous ceux qui m’énervent, me désobéissent, me désolent ou me désapprouvent redeviennent mortels.
Je veux qu’il soit impossible à quiconque de me destituer ou de me blesser physiquement ou psychologiquement.
Enfin, je veux avoir à ma disposition tous les chef d’œuvres mondiaux – littéraires, picturaux, artistiques.

Après un long moment d’adaptation et plusieurs renvois d’âmes à la vie, je décide de constituer ma troupe d’élites : des gardes du corps surentraînés qui sauront faire régner l’ordre que je viens d’établir dans mon paradis – my hellish paradise, dirait Nabokov. En plus de quelques inconnus, je vois postuler :
Satan (il aime bien mon audace), Napoléon (toujours prêt pour la baston), Hitler (toujours aussi laid), Lincoln (il ne sait toujours pas comment il est arrivé là), Staline (il espère bien me remplacer), Mao Zedong (il est à deux doigts de se faire renvoyer à la vie), Gengis Khan (toujours aussi taré), Margaret Thatcher (je voulais au moins une femme) et, enfin, surprise de la soirée : Nietzsche qui, il faut l’avouer, n’est pas très compétent en ce qui concerne le maintien de l’ordre, mais qui se révèle être un excellent législateur.
Après deux siècles du Règne de la Sur-Femme (j’ai demandé à Nietzsche de légèrement revoir ses théories), on finit par s’habituer. En fin de comptes, je n’ai pas tant changé les règles.
Tout est toujours à la portée de tout le monde – hormis, bien sûr, la possibilité de me remplacer.

Irresponsible Moaning Anthem

Irresponsible Moaning Anthem

I’ve never thought that the thing to do was crying,
Even when you see everybody’s dying;
Even when you do not know what is lying
Ahead; just close your eyes for a little sighing.

I’ve never thought that you need fall into darkness
Even in order to be, for once, merciless.
Just forget your mother’s ugly sweetness;
Your wilderness; her sordid, livid softness.

I’ve never thought that you always need a seizure
To reach what people call “pleasure”.
Why don’t you just follow the order of nature
And ignore what might be brought in the future?

I’ve never thought that you would forever be mine
Because I’m not stupid: I can read between the lines.
If you’ve got a brain, you can follow the signs
And disappear from the earth, from what I call the Mine.

I’ve never thought that I would someday commit suicide.
It has always been out of my crazy mind
Since the very day I realized I could see behind
Myself when I was before a mirror – since the very first tide.

But stop it!
I hate your moaning.
Swallow it!
I love your crying
Your despair
Your fear
Your dismay
My…sear.

Nuit noire, Jour sombre

Nuit noire, Jour sombre

C’est par une nuit noire que j’ai pris le train
Pour partir, fuguer, m’évader – très loin, bien loin.
C’est par un jour aussi sombre qu’un vieux mondain
Que je me suis envolée vers les strass incertains…

Il faisait nuit noire quand, ma rage en mains, j’ai
Soufflé mes vingt bougies en souhaitant – en vain ! –
Que le monde s’adresse à moi comme un buffet ;
Prêt à être dévoré – ou bouffé, le vilain !

C’était un jour sombre et lugubre qui aurait
Bien mérité d’être éliminé de la carte –
Du menu, du plat du jour – il aurait bien fait
Ne pas se mêler de cette tragique farce.

Mais c’est sur un coup de tête que j’ai voulu
De mon domaine, de ma demeure qu’ils partent.
Aucune envie, aucun désir je n’ai plus :
Il faut qu’à mon tour je puisse devenir garce !

C’est la nuit noire qui m’enivre – même si
De ma courte vie je n’ai jamais rien bu.
Le jour sombre approche, voltige et de moi rit
Pour éclairer mon chemin perdu dans la rue.

Car s’enfuir n’a jamais servi à rien.
Préférez donc courir vers ce que certains
Appelleront sans savoir pourquoi « destin » ;
Précipiter sa vie fait le plus grand bien.

vendredi 24 octobre 2008

C'est en chemin que je t'ai rencontrée

Tu parlais de partir vivre ailleurs, mais
C’est en chemin que je t’ai rencontrée.
Tu dis : « Venir avec moi tu devrais… » ;
Avec ta faux tu m’as hypnotisée.

Pareille à un ange démoniaque ;
À l’instar d’un cadavre ambulant,
Tu apportes le repos en souffrant ;
Tu disparais comme les œufs de Pâques –
Aussi vite que ma fulgurante peine,
Aussi rapidement que ma haine.

Cependant, tu n’es pas si différente
De nous autres les vivants, les mortels.
Tu cherches désespérément la fente
À la monotonie de ton bordel.

***

C’est en chemin que j’ai saisi ta main.
Elle est aussi douce que le matin –
Telle le rougeoiement de mon âme ;
Telle l’illumination infâme
Qui bousille ma vue et mes forces
Et m’oblige à dormir comme une écorce.

Car c’est toi qui as volé mon esprit.
Tu m’as privée des miens, de leurs cris.
Lorsque la voiture m’a percutée
Alors que j’allais des clopes acheter.

C’est en chemin que tu m’es apparue
Pour me dire que je devais te suivre.
C’est en chantant que tu es survenue
Tandis que j’oubliais de te fuir.
Ta robe m’a quasiment éblouie
Telle des phares dans l’atroce nuit…

***

C’est en chemin que j’ai bien décidé
De parcourir l’Au-delà sans gaieté ;
De te joindre dans ton travail sordide.
Et j’ai quitté l’existentiel vide…

La Mort est mon Doppelgänger

La Mort est mon Doppelgänger

La Mort ne me laisse jamais en paix.
Elle est toujours là, à me contempler…
Ne me fait pas peur mais pourrait.
Et je me retrouve à la supplier –

La supplier de mettre fin à mon supplice…
Supplique sans source, sans souplesse –
Juste un besoin de tendresse
Dans une mort douce, vibrante et lisse.

Car je n’ai jamais eu le courage
D’y mettre fin moi-même ;
Il me manque le cœur, l’âme, la rage
Qui pourrait me faire vivre même…

Si seulement la Mort n’était pas en guerre
Avec mon besoin de solitude ;
Si elle ne délaissait pas la multitude
Pour n’être que mon doppelgänger.

Es tut mir leid

Es tut mir leid

« Comme j’ai mal ! »
Es tut mir leid.

On dit « jamais deux sans trois » ;
Je t’ai tué de sang froid.
Je croyais que je pouvais vivre sans toi ;
Mais ce qui me suit, c’est l’effroi.

« Comme j’ai mal !… »
Es tut mir leid.

Tu croyais en finir avec moi
Mais c’est moi qui t’ai achevé
Lorsque tu es en entré
Dans la douche pour me tuer.

« Oh ! comm’ j’ai mal !… »
Es tut mir leid.

Tu voulais transpercer mon cœur ;
Je croyais venue mon heure.
Mais tu m’as juste effleurée :
Le couteau sur mon cou s’est acéré.

« Tu me fais mal… »
Es tut mir leid…

L’eau est devenue sanguinolente.
Elle m’arrose, m’implore, lente.
Vers ton corps effondré je me penche
Pour déposer mes lèvres franches.

Je ne suis pas le marquis de Sade.
Es tut mir leid.
Tes cris résonnaient dans la salle.
Es tut mir leid.
Je sais que je t’ai fait mal.
Es tut mir leid.
Je ne voulais pas retourner le couteau
Dans la plaie, mais la tentation était trop –

Es tut mir leid.
Comme j’ai mal.
Es tut mir leid.
Tu m’as fais mal.
Es tut mir weh.
Mais j’ai bien fait.

Le yin contre le yang

Le yin contre le yang

„Feuer und Wasser kommen nicht zusammen“
Till Lindemann


Coincée sous la glace
Elle me regarde en souriant
Prisonnière la croyant
Je me jète sur ses traces

D’un coup de pioche
Je brise le mur qui nous sépare
Tel de l’amour le rempart
Je la crois déjà dans ma poche

Mais c’est elle qui attrape mon col
M’emporte comme une folle
Dans un plongeon glacé
Pour de ses baisers m’enlacer

Autour de moi elle nage
M’entourant, m’enfermant
Ses tourbillons deviennent ma cage
Dans ses jambes m’enveloppant
Ses jambes d’écailles recouvertes
Ses ongles mon visage lacérant
Et ses dents ma peau mordillant
Elle me mène à ma perte

Je ne peux plus respirer
Ni même d’ailleurs penser
Tout cela est-il rêve
Ou cauchemar, ma finale trêve

Penser ou crier
Quand je crie, m’étouffe l’eau
Haïr ou aimer
Autour de mon cou, un garrot

Ses mains achèvent ma souffrance
Et je retourne en enfance
Avec pitié elle me tient
Et m’offre en deuil son sein

La mariposa

La Mariposa

C’est une femme à la blancheur extrême ;
Elle se déplace comme le cadavre
De ma mère – déséquilibrée, hâve,
Au fond de mon trou elle se promène.

C’est une femme qui me regardait
Avec des yeux de lynx peints sur ses ailes.
Elle tente de faire peur, toute frêle,
Puis s’envole, prie Dieu, et disparaît.

C’est une femme couverte d’azur,
Dont les vêtements voltigent dans l’eau.
Elle me sourit mais je ne suis pas sûre
Car ses yeux immobiles comme un seau.

C’est une femme qui a la carnation
Aussi envoûtante qu’une magicienne.
Avec mon bouquet vermeil de passion
Interdite, la discorde elle sème.

C’est une femme qui toujours symbolise
La nature et ses chastes chasseresses.
Espérant parfois dans la sècheresse,
Elle gouverne toutes mes balises.

jeudi 23 octobre 2008

Lady of the Roses vs Lady of the Daisies

Lady of the Roses/Lady of the Daisies

Je suis une Dame de Roses
Les Pâquerettes ne suffisent pas
Je recherche les langoureuses poses
Les banalités surtout pas

Quand je vois une jolie demoiselle
Je rêve à la femme fatale
Celle qui me fera pousser des ailes
Celle qui produit des rafales

Je suis une Dame de Roses
Les Pâquerettes ne suffisent pas
Je recherche les langoureuses poses
Les banalités surtout pas

C’est Rose que je voudrais découvrir
Ses seins toujours me fascinent
Pas Daisy la Facile sans épines
Elle me fait plutôt rire

Je suis une Dame de Roses
Les Pâquerettes ne suffisent pas
Je recherche les langoureuses poses
Les banalités surtout pas

Rose est une dominatrice
Elle contrôle les hommes et moi
Daisy joue les piètres actrices
Elle ne convaincrait même pas un roi

Je suis une Dame de Roses
Les Pâquerettes ne suffisent pas
Je recherche les langoureuses poses
Les banalités surtout pas